Faut-il acheter de l’or en ce moment plutôt que l’immobilier

Les investisseurs français se posent une question de plus en plus pressante : faut-il acheter de l’or en ce moment, ou mieux vaut-il rester fidèle à la pierre ? Depuis plusieurs mois, le contexte économique brouille les repères habituels. L’inflation persistante, la remontée des taux directeurs de la Banque Centrale Européenne et la correction des prix immobiliers dans certaines métropoles redistribuent les cartes. L’or, longtemps perçu comme un placement de grand-père, retrouve une légitimité auprès d’un public bien plus large. À l’inverse, l’immobilier reste ancré dans la culture patrimoniale française. Comparer ces deux classes d’actifs exige de regarder les chiffres en face, sans a priori. Voici une analyse rigoureuse pour vous aider à arbitrer.

État actuel du marché de l’or

En octobre 2023, l’once d’or s’échange autour de 1 900 USD, un niveau qui reste historiquement élevé. Ce prix traduit une demande soutenue, portée par les incertitudes géopolitiques, la persistance de l’inflation mondiale et les achats massifs de plusieurs banques centrales, notamment celles de Chine et d’Inde. Le World Gold Council confirme que la demande institutionnelle n’a jamais été aussi forte depuis les années 1960.

L’or physique, qu’il s’agisse de lingots ou de pièces, reste la forme d’investissement la plus directe. Sa valeur ne dépend d’aucun émetteur, d’aucune dette souveraine. C’est précisément ce qui en fait une valeur refuge dans les périodes de turbulences. Depuis 2000, le métal jaune a multiplié son cours par plus de sept en dollars courants.

La volatilité reste cependant réelle. Entre 2011 et 2015, l’or a perdu près de 40 % de sa valeur en dollars avant de se reprendre. Les fluctuations peuvent être brutales, pilotées par les anticipations de taux américains, le niveau du dollar ou des événements géopolitiques imprévisibles. Un investisseur qui aurait acheté au pic de 2011 a attendu dix ans pour retrouver son capital. Ce constat ne disqualifie pas l’actif, mais rappelle que le timing d’entrée compte.

Les fonds d’investissement spécialisés en or, comme les ETF adossés au métal physique, offrent une alternative liquide à la détention directe. Ils permettent d’entrer et de sortir rapidement, sans les contraintes de stockage et d’assurance liées à l’or physique. Pour un particulier souhaitant une exposition modérée, ces véhicules présentent un bon rapport praticité/rendement.

Ce que le marché immobilier offre vraiment

L’investissement immobilier désigne l’achat de biens dans le but de générer un revenu locatif ou de réaliser une plus-value à la revente. En France, ce marché a affiché une croissance de +5 % en 2022 selon les données de l’INSEE, avant de marquer le pas en 2023 sous l’effet de la hausse des taux de crédit.

Le taux moyen des prêts immobiliers atteignait 3,5 % en octobre 2023, contre moins de 1,5 % deux ans plus tôt. Cette remontée brutale a mécaniquement réduit la capacité d’emprunt des ménages et refroidi la demande. Dans certaines villes comme Lyon, Bordeaux ou Nantes, les prix ont reculé de 5 à 8 % sur un an. Paris résiste mieux, mais les volumes de transactions s’effondrent.

L’immobilier conserve des atouts que l’or ne peut pas offrir. Le levier du crédit permet d’investir avec un apport limité tout en construisant un patrimoine. Les dispositifs fiscaux comme la loi Pinel, le statut LMNP ou la création d’une SCI offrent des leviers de défiscalisation inexistants pour l’or. Les loyers perçus génèrent un flux de trésorerie régulier, ce que l’or ne fait jamais.

La liquidité reste le point faible structurel de la pierre. Vendre un appartement prend plusieurs mois, implique des frais de notaire, d’agence et des contraintes administratives importantes. Un bien acheté en VEFA expose à des délais de livraison et à des risques propres au promoteur. L’immobilier locatif génère aussi des charges : gestion, travaux, fiscalité sur les revenus fonciers, risque d’impayés.

Comparaison des rendements : or contre pierre

Pour arbitrer efficacement, il faut confronter les deux actifs sur des critères comparables. Le tableau ci-dessous synthétise les données disponibles sur la période récente.

Critère Or physique Immobilier locatif
Rendement annuel moyen (10 ans) ~5 à 7 % (en euros) ~4 à 6 % (loyers + valorisation)
Volatilité Élevée (±15 % par an) Modérée (±3 à 5 % par an)
Liquidité Très élevée (ETF) / Moyenne (physique) Faible (3 à 6 mois de délai)
Effet de levier possible Non (sauf produits dérivés) Oui (crédit immobilier)
Revenus réguliers Non Oui (loyers)
Protection contre l’inflation Forte (historiquement prouvée) Forte (loyers indexés)
Fiscalité Taxe forfaitaire sur métaux précieux IR sur revenus fonciers / LMNP
Ticket d’entrée Dès 50 € (ETF) Plusieurs dizaines de milliers d’euros

Sur le plan des rendements bruts, les deux actifs se tiennent relativement bien. L’or a surperformé l’immobilier sur les périodes de crise aiguë (2008, 2020), tandis que la pierre a dominé dans les phases de taux bas et de croissance stable. La corrélation négative entre ces deux actifs en fait des compléments naturels dans un portefeuille diversifié.

La fiscalité de l’or mérite attention. En France, la cession d’or physique est soumise à une taxe forfaitaire de 11,5 % sur le prix de vente, ou à un régime de plus-value avec abattement de 5 % par an au-delà de la deuxième année de détention. Au bout de 22 ans, l’exonération est totale. L’immobilier suit un régime similaire pour les plus-values, avec exonération au-delà de 22 ans pour l’IR et 30 ans pour les prélèvements sociaux.

Se poser la bonne question avant d’investir dans l’or

Faut-il acheter de l’or en ce moment ? La réponse dépend moins du prix spot que de votre situation patrimoniale personnelle. Un investisseur déjà fortement exposé à l’immobilier a un intérêt réel à diversifier vers l’or pour réduire son risque global. À l’inverse, quelqu’un sans patrimoine immobilier qui souhaite se constituer une résidence principale devrait d’abord sécuriser ce projet.

Le contexte de taux élevés pèse clairement sur l’immobilier à crédit. Emprunter à 3,5 % pour acheter un bien dont le rendement locatif brut plafonne à 4 % laisse une marge très faible, surtout après charges et fiscalité. L’or, lui, ne souffre d’aucun coût de financement si vous l’achetez comptant. Dans cette configuration précise, le métal présente un avantage mécanique.

La durée d’investissement est un paramètre décisif. Sur un horizon court (moins de cinq ans), l’or est risqué en raison de sa volatilité. Sur quinze à vingt ans, son track record est solide. L’immobilier, lui, nécessite également du temps pour amortir les frais d’acquisition (environ 7 à 8 % de frais de notaire pour l’ancien). Les deux actifs récompensent la patience.

Un professionnel du patrimoine, comme un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) indépendant, peut modéliser les deux scénarios selon votre tranche marginale d’imposition, votre capacité d’épargne et vos objectifs. Cette étape n’est pas optionnelle pour des montants significatifs. Les décisions prises sans analyse globale génèrent souvent des déséquilibres fiscaux coûteux.

Construire une stratégie d’allocation réaliste

La vraie question n’est pas « or ou immobilier » mais « quelle proportion de chaque, et dans quel ordre ? ». Les allocations patrimoniales équilibrées intègrent généralement entre 5 et 10 % d’or pour les profils modérés, jusqu’à 15 à 20 % pour les profils défensifs cherchant à protéger leur capital contre l’inflation et les crises systémiques.

L’immobilier reste le moteur de création de patrimoine pour la majorité des Français, notamment grâce au levier bancaire. Mais il ne doit pas être l’unique actif. Un patrimoine concentré à 100 % en pierre est exposé à un risque de liquidité et à une dépendance totale aux cycles du marché immobilier local. La diversification géographique via des SCPI ou la diversification en actifs réels comme l’or atténue ce risque.

Pour les investisseurs qui démarrent avec des budgets modestes, les ETF or permettent d’accumuler progressivement une position sans les contraintes logistiques de l’or physique. Pour ceux qui disposent de liquidités importantes et souhaitent une protection maximale hors système bancaire, les pièces d’or françaises (Napoléon, 20 francs) ou les lingots certifiés restent une option tangible et reconnue.

Le marché immobilier français traversera probablement une phase d’ajustement en 2024, avec des prix qui pourraient encore corriger de 5 à 10 % dans les zones tendues. Ce recul peut représenter une opportunité d’achat pour ceux qui disposent d’un apport solide et d’une capacité d’emprunt préservée. L’or, de son côté, pourrait bénéficier d’un retournement des taux américains attendu courant 2024, ce qui renforcerait son attrait à court terme. Les deux actifs offrent donc des fenêtres d’entrée intéressantes, mais pour des raisons et des profils différents.